Quand on voit la boîte de Sapiens, on pense tout de suite à du familial. Quand on ouvre la boîte de Sapiens, ça confirme notre idée et on sourit de voir des tuiles sympathiques nous faire penser à ce gros jeu qu’est Heroes of Normandie. Quand on lit les règles de Sapiens, on se dit qu’on est bien dans du familial et tout colle. Et puis quand on joue à Sapiens, là c’est plus pareil ! Et oui, Sapiens ne se prend pas en main comme ça et demande très probablement une petite courbe d’apprentissage pour le maîtriser correctement. Surprenant ! Alors Sapiens, ça raconte quoi et comment ça se joue ? Dans Sapiens, pas de plateau commun, que de l’individuel. Ce plateau représente une zone de cases carrées, chacune étant de la prairie ou de la forêt avec un potentiel de nourriture pour notre tribu qui va évoluer, grandir et se multiplier dans cette zone. Par quels moyens ? Simplement en plaçant des tuiles doubles cases qui vont se connecter et montrer ainsi joliment une transformation de notre plateau individuel : l’homme envahit son espace (et en général commence à faire des conneries). En gros et pour faire vite, Sapiens se repose sur le principe des dominos ! Et oui, il fallait y penser. Sauf qu’ici dès qu’une tuile se connecte correctement à une autre (car on ne peut pas faire ce que l’on veut) deux choses se passent : on marque des points de nourriture (PN) selon la case recouverte par la partie de la tuile connectée et on peut déclencher un pouvoir (au nombre de 8) selon les symboles obligatoirement identiques connectés et donc visibles sur les deux tuiles.

La petite subtilité c’est qu’on ne peut jouer des tuiles qu’à partir de notre réserve personnelle qui en comporte en permanence 4 et seulement 4. A chaque fin de tour de joueur, on réalimente celle-ci grâce à la réserve commune qui nous présente 5 tuiles permanentes qui sont elles-mêmes réalimentées par la pioche. Et il est impossible d’outrepasser ce système : on ne peut pas prendre au hasard sa tuile de remplacement dans la pioche pour compléter sa réserve personnelle. On doit se contenter de ce que nous propose la réserve commune. Il va donc falloir voir à long terme, c’est à dire sur au moins deux tours, trois étant l’idéal. Une autre petite subtilité déjà vu ailleurs, le système de scoring. On marque deux types de score : les points de nourriture déjà évoqués mais également les point d’abri (PA) accumulés grâce à des actions spéciales et des placements judicieux. Seul le score le plus petit en fin de partie compte ! Important de se le rappeler sous peine de grosse déception. Alors faut-il favoriser d’abord beaucoup l’un puis après l’autre ? Ou plutôt faire évoluer les deux en même temps ? Seule l’expérience des parties pourra le dire.

Sapiens nous amène donc à une bonne réflexion et peut vite faire tomber certains dans l’analysis paralysis. Ce qui est bien, c’est que l’on doit tous réfléchir alors pendant que celui qui doit jouer bloque, on bloque aussi et on gagne du temps. Autre remarque un peu inattendue : l’interactivité du jeu. Alors que ce dernier se déroule uniquement sur plateau individuel, symbole type du jeu teuton, qui plus est sans plateau collectif, Sapiens apporte par sa mécanique une bonne interactivité : il va falloir beaucoup observer le plateau des joueurs adverses pour anticiper correctement son propre tour et également jouer les pouvoirs déclenchés intelligemment car ce sont derniers qui peuvent nous faire gagner, par exemple, des tuiles des adversaires ou pourrir un peu leur espace vital. De plus, l’impression laisse à penser que le ou la meilleur(e) gestionnaire de pouvoir gagnera la partie. Et oui, Sapiens nous rappelle que le temps des cavernes n’était pas celui des Bisounours et c’est tant mieux.

Alors au final quoi penser de cette première partie : que Sapiens n’est absolument pas un petit jeu rapide et facile à prendre en main malgré des règles simples. Il est tendu, profond et rappelle quelque part les sensations de jeu de Medina (voir une première de : Medina). Il demande donc à être rejoué, sa durée de vie paraissant être intéressante. Sapiens peut, à mon avis, devenir plus rapide (même si lorsque l’on a joué, la partie s’est arrêtée trop tôt !) avec l’expérience mais va peut-être déclencher d’autres possibilités stratégiques qui ne feront pas gagner beaucoup plus de temps. A voir. En tout cas, une vrai surprise et une bonne surprise, j’y rejouerai avec plaisir étant amateur du genre (placement de tuiles).