Ambiance ! Ambiance ! Et voilà que Edge nous traduit la troisième édition de ce bon vieux classique datant de 1987. La première version française date de 1989 et fût éditée par Oriflam.

Une seconde édition avait vu le jour sous licence FFG et avait été également traduite par Edge. Nous sommes aux alentours de 2005. Et depuis quelques années introuvable et très cher d’occasion…

La fureur de Dracula 2 Le retour

La fureur de Dracula 2 Le retour

Après ce rapide petit historique, ouvrons notre troisième édition qui d’entrée déçoit par le manque de matos : une planche punch board, 5 petites figurines en plastoc de Chine (évidemment), un grand plateau représentant l’Europe de la fin du 19éme siècle et un peu plus de 150 cartes. Le mtériel est, comme d’habitude chez FFG, de qualité mais c’est tout. Pour un jeu à 53 euros qui aurait pu être édité dans une boîte deux fois moins grande, c’est un peu misérable et pas du tout écologique; mais ça on en a l’habitude dans le milieu ludique.

Au-delà de ça, les règles sauce FFG sont désormais écrites en deux livrets : le premier dit d'”apprentissage” qui nous présente le squelette des règles, le second intitulé de “référence” qui se doit d’aborder tous les cas particuliers et dans lequel on se plongera uniquement durant la partie. Ce qu’il y a d’inquiétant : le livret de référence se trouve être plus épais que celui des règles à proprement parlé. Pour ma part, j’avais approuvé cette idée de présentation pour “Assaut sur l’Empire” assez intéressante, là, beaucoup moins. En effet, un bon vieux livre de règle linéaire aurait été largement suffisant et efficace.

J’ai donc joué le jeu et lu uniquement le livret d’apprentissage (ou presque) et préparé la partie, me mettant dans la peau de D face à trois joueurs incarnant les quatre chasseurs (Van Helsing, Sir Godalming et le couple Mina/Jonathan Harker) en coopération. Quelque soit le nombre de joueurs, on joue systématiquement les quatre héros humains. L’idée du jeu se rapproche énormément de “Lettres de Whitchapel” : ici un joueur incarne un autre monstre (Dracula) et quatre traqueurs acharnés essaient de retracer sa route se situant dans toute l’Europe de la fin du 19ème siècle. Le but de D étant de gagner des points d’influence (jusqu’à 13) pour remporter la partie. Il s’agit pour notre vampire préféré de mettre le bordel où il passe et des embûches dans les pieds de ses opposants. Pour ces derniers, l’objectif est de retrouver la piste de Pépère, de le localiser et de le buter à grands coups de pieux et de calibre 12.

Bref, on y retrouve tout le sel de la chasse de Jack l’éventreur mais avec des règles bien plus alambiquées, copieuses et fournies me permettant alors de dire que la Fureur de Dracula est un améritrash pur jus. La durée de notre première partie en témoigne même si elle peut être largement raccourcie avec l’habitude : 3 heures. Disons qu’il faut compter 2 heures quand les joueurs sont aguerris et plus habitués au système de jeu. Pour nous, il a été très courant de mettre le nez dans le livret de références (comme prévu par le système d’apprentissage) ralentissant grandement la partie. Et comme toujours dans ce genre de jeu où les cartes “évènements”, “objets, “combat” etc… perturbent les règles de base, certains points restent péniblement dans l’ombre jusqu’à trouver une réponse sur le forum officiel (sans pour autant empêcher le jeu heureusement).

Mais globalement, je pense que nous avons bien respecté les règles. Le jeu pourrait ainsi être fluide et demande une première partie d’apprentissage quoi qu’il arrive. Hormis le but, il se différencie totalement de “Lettres de Whitechapel” par un système très original de cartes lieux que le joueur vampire installera, calquant sa progression. Un lieu ne peut pas être revisité par D avant 6 coups (sauf via des cartes pouvoirs). Il ne peut donc pas passer son temps à faire des allers-retours et devra user d’autres astuces pour semer la zizanie chez les chasseurs. De même, repéré, il pourra toujours se défendre et gagner le combat face au(x) chasseur(s) perturbateur(s) éventuellement mal équipés, marquant ainsi de précieux points d’influence. Notons que les joueurs chasseurs ne peuvent être sortis définitivement de la partie après un combat perdu. Ils subiront cependant des malus importants (perte de temps et d’objets).

Pour ma part, côté Dracula, la partie a été une réussite, passant sur les points de règle douteux. Le jeu amène une certaine tension et une ambiance digne des films d’épouvantes. Le très beau matériel intensifie cette atmosphère sans pour autant justifier le prix d’achat. Certain qu’il peut paraître plus fluide lors des prochaines parties, le jeu est agréable donnant au joueur vampire cet aspect pervers d’espion épiant, écoutant et observant la moindre stratégie chasseresse. La façon de jouer Dracula varie en permanence en fonction des actions mais surtout des suggestions des autres joueurs. Ainsi, même si D joue très peu comparé aux chasseurs (qui effectuent chacun deux actions, soient huit au total, avant que le vampire ait la main), il devient ludique d’espionner la façon de procéder de ces derniers. Le jeu a donc une bonne durée de vie imposant encore quelques parties et une bonne jouabilité de deux à cinq participants même si la communication entre les chasseurs reste primordial pour le plaisir du joueur vampire. On retrouve donc encore un aspect parallèle aux Lettres de Whitechapel. Cependant la boîte paraît difficile à sortir face à un public non averti, l’explication de règle étant assez longue (compter 30 minutes avec l’habitude). Pour un  public débutant, Jack sera plus facile à trouver. J’y rejouerai avec plaisir, m’essayant cette fois-ci, à la chasse.