C’est l’ami Julien qui nous aura expliqué les règles de La Granja (merci à lui). Et tout le long de ses explications, Matthieu, Didier et moi-même avons retrouvé des mécanismes bien connus souvent liés à des auteurs comme Chudyck, Rosenberg ou Feld. Evidemment, à la fin du livret, les auteurs du jeu (Messieurs Keller et Odendahl) remercient grandement Feld et Rosenberg pour leurs conseils ! Comme quoi, le jeu est bien objet culturel.
Niveau matériel c’est pâle en couleur et quelques rares fois difficilement lisible mais on s’y fait. Il n’y a pas eu d’erreur de faite à ce sujet durant la partie. Rien de transcendant au niveau dessin, le thème n’est pas d’une grande immersion mais il est tout de même bien présent et nous rappelle l’inévitable Agricola dont il est en partie inspiré. Alors évidemment, dans ce type de jeu (à l’allemande), il y a un plateau central et nous avons, joueurs, un plateau individuel qui nous rappelle sans hésiter celui de La gloire de Rome de Chudyck. Et oui, sur ce plateau, nous allons y placer des cartes et selon leur emplacement (sur la droite ou la gauche, dans le haut ou le bas) nous allons faire valoir des intérêts différents (La gloire de Rome, j’vous dis !)
Les cartes ont donc quatre possibilités pour être jouées et peuvent, par exemple, apporter certains pouvoirs qui nous amènent une fois de plus à Agricola et consorts. On commence d’ailleurs avec la phase de pose de cartes et vient rapidement derrière la Feld touch : la chasse aux points. Dans ce jeu agricole où adieu veaux, vache mais pas cochon (puisqu’ils sont là les bougres), il faudra vendre des denrées primaires ou transformées (comme dans Ora et Labora et Le Havre) au marché du village représenté sur le plateau central qui, à s’y méprendre, a finalement un fort aperçu des Châteaux de Bourgogne… Placements et vacheries se font la part belle car, en fonction, il y a moyen de virer les pions des autres ce qui, en plus de pénaliser les adversaires, rapporte des points de victoire. En gros, c’est une petite bagarre (gentillette) que nous proposent les auteurs. J’allais oublier : avant cette phase, on en trouve une nous proposant de lancer 9 dés qui , selon leurs valeurs, vont être répartis sur différentes cases d’action qu’il faudra choisir dans l’ordre du tour (comme dans Kingsburg, Roma). Ce dernier est redéfinit à chaque tour selon les actions effectuées par les joueurs. Il faudra ce battre pour être le premier sur la piste tant convoitée. Ajoutons à cela que les points de victoire sont considérés comme des ressources et qu’il est possible d’en dépenser dans certains cas pour réaliser l’action voulue. La partie dure 6 tours, on compte les points à la fin et devinez quoi ? C’est celui qu’en a le plus qui a gagné ! Incroyable !
Vous l’aurez compris, La Granja est un véritable Melting Pot de tout plein de mécanismes de jeux de gestion qui ont fait leurs preuves dans le milieu ludique. On y retrouve donc pêle mêle, chasse aux points, placement, pouvoirs de cartes et donc combos, majorité,de la gestion de ressources qu’il faudra parfois transformer et du choix d’action. On a la sensation que La Granja est un résumé des meilleurs jeux à l’allemande de ces dernières années !
Pour ma part, ça a été un véritable bonheur, le jeu est imposant, riche, avec une durée de vie énorme et de plus, même si il reste destiné aux gamers, jouable en 120 minutes à quatre. Les règles sont complètes et simples à la fois (car du déjà vu). Comme Ginkgopolis, je trouve que La Granja tire son originalité, non pas dans un nouveau mécanisme mais dans le mélange de plusieurs anciens ce qui lui donne tout de même une fabuleuse fraîcheur. C’est pour moi la seconde grande découverte et coup de coeur d’Essen 2014 avec Panamax (encore du lourd d’ailleurs). Je n’ai qu’une hâte : qu’il sorte en français chez Pearl Games (mois d’avril normalement). Pourvu qu’ils en fassent un peu plus que leurs confrères de Spielworxxx qui n’avaient édité que 100 boîtes au mois d’octobre lors du salon allemand… La honte.