Autant le dire de suite, Barony, c’est du bon vieux jeu de placement. Pas de dé, pas de ressource que du placement. Alors pour ceux qui n’aiment pas ce genre de mécanisme vous pouvez passer votre chemin, vous gagnerez votre temps. Allez hop là ! Circulez, y a rien à voir ! Pour les autres, je continue avec un petit survol du jeu : on joue sur un plateau modulable à chaque début de partie. Chaque joueur place neuf tuiles de trois hexagones pour former un plateau individuel qui est ensuite assemblé à ceux des autres pour n’en former plus qu’un unique central.

Chaque hexagone représente un type de terrain. Il en existe cinq : champs, prairie, montagne, forêt et lac. Les lacs sont bloquants pour tout : pas de mouvement et pas de construction. Les autres ont chacun leur petite règle sachant que, globalement, il est plus profitable de construire sur les champs puis sur les prairies puis sur les forêts et enfin sur les montagnes.

Débute la mise en place pour chaque joueur (hyper importante à mon avis) : trois cités accompagnées chacune d’un chevalier. Ces derniers (au nombre de sept par joueur) sont les seules pièces mobiles du jeu. Les autres (villages, forteresses et cités) par nature ne bougeront pas après leurs apparitions. Seuls les villages et les chevaliers peuvent être détruits lorsqu’on amène sur leur case deux chevaliers de la même couleur (je vous la fait courte). Autre précision : la construction de villages et de forteresses permet de gagner de petites tuiles de valeur (points de prestige) qui vont nous permettre de monter en grade et là, miracle, de scorer.

Alors concrètement comment ça se passe ? On joue dans le sens horaire et on effectue une et une seule action parmi les six proposées dont le déplacement de deux chevaliers d’une case,  le recrutement de chevaliers (se fait uniquement sur les cases de cité de sa couleur), la construction de villages et de forteresses (on transforme autant de chevaliers de notre couleur que l’on veut en village ou forteresse et on obtient les fameuses tuiles de points de prestige), la transformation de points de prestige en titre de noblesse, la transformation de village en cité (qui est la deuxième et dernière façon de marquer) et l’expédition qui au prix d’un sacrifice définitif d’un pion chevalier permet de repartir de n’importe où du bord du plateau (très utile en cas de blocage).

Autant dire que Barony est une course à l’obtention de titres nobles. Il faut aller vite et ne pas s’éterniser à construire ou à cumuler les tuiles de points de prestige. Et oui, mieux vaut être cigale que fourmi car ces dernières peuvent nous être piqués par les autres joueurs lorsqu’ils nous détruisent un village !

Barony nous offre également pas mal d’interaction en plus de son petit air de jeu de placement tranquillou. Il va falloir accepter de se faire casser la gueule quelque fois (sans gravité si on a dépensé ses tuiles). L’avantage de Barony, en plus d’être une course, est qu’il est très rythmé et on ne s’ennuie pas. La partie est relativement courte (40 minutes à quatre).

Par plusieurs petits points de règles, il est possible de jouer le blocage, le mouvement des chevaliers étant un point clé du jeu. Marc André nous offre donc deux façons d’attaquer les adversaires : le direct par destruction ou la gêne par de judicieux placements d’où l’action de l’expédition qui évite tout blocage définitif (ouf !). La partie prend fin quand l’un des joueurs atteint le titre de noblesse le plus important : c’est à ce moment crucial que l’on compte les points. Le gagnant devient roi (dans le jeu). Quel veinard ! Non ?

Alors que penser de tout ça ? Et bien pour cette première partie, le ressenti est plutôt bon. D’abord c’est une mécanique que j’affectionne particulièrement étant déjà grand amateur de Taluva (Barony, par certains aspects lui ressemble beaucoup). Le plateau n’est jamais le même d’une partie à l’autre, apportant de la durée de vie au jeu, le matériel est également particulièrement soigné. Autre point positif, le rythme : malgré un bon panel de choix d’actions (au nombre de six pour ceux qui ne suivent pas), on joue vite ce qui correspond bien à l’esprit du jeu qui se veut être une course de nobles. Pas le temps de s’ennuyer et la pression monte rapidement quand on voit qu’on se retrouve à la traîne.

Un peu comme dans Dominion ou Splendor (du même auteur et où l’on peut lire une première ICI), on retrouve cette sensation de bascule :  il faut savoir arrêter de se placer et de construire au bon moment pour prendre des points. Prendre des points permet d’avancer sur la piste de score (une sorte de circuit finalement) mais fait perdre du temps sur le plateau central. Plusieurs fois pendant la partie (contrairement à Dominion par exemple qui ne le propose qu’une “grande fois”), il va falloir trouver ce point de rupture pour scorer au bon moment.

Bref, Barony est non seulement un jeu de placement mais aussi de rythme et course (R’n C donc)… Mais au final, il n’apporte rien de véritablement nouveau. Ca marche bien, c’est bien huilé et un petit peu thématisé. On s’y amuse et le rythme augmente tout au long de la partie ainsi que la pression de la gagne. Il est facile à sortir mais n’est pas destiné aux débutants ou seulement pour les plus motivés. Attention : deux joueurs peuvent vite s’annihiler. C’est ce genre d’erreur qui amène à un évident kingmaking et pourrir un peu le plaisir de jeu. Barony m’a laissé une bonne impression et j’y rejouerai avec joie.