Ca y est, j’ai fait ma première partie d’un jeu hybride ! Pour le moment et pour encore très peu de temps, c’est le seul sur le marché en français (pendant que le monde des platoïstes découvre l’assistance de l’écran celui des wargameurs l’avait déjà exploré bien avant eux avec feu Ex Illis, jeu de bataille avec figurines dont les combats et les distances de mouvement étaient gérés par ordinateur/tablette).
Revenons à nos moutons avec Alchimistes qui nous propose donc d’endosser le rôle éponyme afin de découvrir la composition de huit éléments (la huitième couleur ?) tels que le champignon violet, le crapaud marron, la fougère verte, etc…

Chacun autour de la table s’escrime à effectuer les mélanges les plus originaux pour trouver une partie de la composition de chaque ingrédient. En fonction des résultats de nos recherches, on va remplir un tableau nous proposant pour chaque élément, toutes les possibilités de composition. Le tout est de trouver la bonne et de publier nos trouvailles, de préférence avant les autres joueurs, pour scorer un maximum.

Une composition est un ensemble de trois potions , chacune d’elle étant d’une couleur (bleue, verte ou rouge), d’un symbole (+ ou -) et d’une taille (grosse ou petite). Lors de nos recherches (c’est à dire lorsque l’on mélange deux éléments différents : par exemple une plume et un crapaud), on obtient deux informations : une couleur et un symbole. Concrètement, si j’obtiens un + rouge, je sais alors que dans la composition de la plume et celle du crapaud, il y a un + rouge mais je n’en connais pas la taille (un résultat de mélange ne donne jamais l’information sur la taille pourtant et pour une fois, elle compte). Par déduction, à force de mélanges, les joueurs vont pouvoir retrouver les compositions de chaque élément. Mais le temps joue contre nous et il va falloir prendre des risques, publier des résultats peut-être un peu erronés voire complètement faux… En parallèle de nos recherches, il va falloir gagner un peu sa vie en vendant des solutions aux aventuriers de passage. L’argent va nous permettre de publier (but ultime pour scorer), ce qui n’est pas rien. De plus, on est en culotte courte la majorité du temps si ce n’est pas en string au niveau thune…

La partie dure 6 manches dont seules les première et dernière sont légèrement différentes. Pour toute la partie, on a le choix entre deux modes, apprenti ou maître, en fonction de l’expérience de jeu (dans notre cas, nous avons joué en apprenti, le mode maître s’apparente plutôt à une extension). Il faut compter au moins 40 à 45 minutes de jeu par joueur : on est bien dans du lourd.

Au delà de ça, la mécanique est assez classique tournant autour d’un système bien huilé de “pose d’ouvrier“. Les actions sont résolues toujours dans le même ordre. A chaque tour, le premier joueur change en sens horaire et débute la phase d’ordre du tour qui va permettre de déterminer qui va résoudre ses actions en premier. En fonction de la place choisit, on récupère des bonus (plus on est dernier dans le classement, plus on a de bonus de compensation). Ca c’est plutôt bien foutu. Puis c’est la phase de “pose d’ouvrier” où le dernier à jouer va paradoxalement commencer à placer ses marqueurs sur la dernière place de chaque case action qui l’intéresse puis ça sera à l’avant dernier, etc… On résout ensuite les cases actions dans l’ordre en commençant cette fois par le premier joueur. Là, on est dans du grand classique et on y retrouve la patte de Chvatil qui est évidemment remercié dans les règles pour ses conseils (étonnant ? Pas vraiment.) Alors le côté hybride me direz vous ? Et bien l’application téléphonique permet de déterminer au départ une sorte de “scénario” : elle donne à chacun des huit éléments une composition que nul ne connait (évidemment !). Puis elle gère les résultats automatiquement lorsque les joueurs décident de faire des mélanges.

Le jeu propose de pouvoir faire tout ça sans appli : un “joueur” gère uniquement les résultats et est le seul à connaître toutes les compositions des éléments. Alors là, c’est vraiment pour dire que le jeu peut se jouer sans aide informatisée ! En effet, Alchimistes est relativement long (au moins deux heures à trois joueurs) alors se retrouver autour de la table pour faire le rôle de l’application c’est clairement de la pipe ! Je ne vous le souhaite pas ! Si vous ne possédez pas de smartphone, tablette ou ordinateur à proximité autant jouer à autre chose. Bon, dans le cas où tout roule et que l’on a bien le matériel requis, c’est très agréable. On a l’impression de faire de véritables expérimentations. Cette unique partie est très ludique et originale. De plus, l’appli fonctionne très bien et reconnait facilement les éléments. Du coup, elle rend le jeu encore plus fluide. Au delà du fait de marquer des points (sauf pour les rares joueurs qui n’arrivent toujours pas à se défaire de la gagne, ils se reconnaîtront ces c…), la recherche des compositions devient un jeu dans le jeu et on essaye coûte que coûte de les retrouver. C’est cela qui fait rappeler Dungeon Lords et qui peut parfois nous faire agréablement oublier le réel but du jeu. Toute la mécanique “pose d’ouvrier” est en fait articulée autour d’un “Super Mastermind” : les solutions des compositions des éléments.

Alors quoi penser de cette première partie : j’ai bien l’impression qu’Alchimistes ne nous donne pas droit à l’erreur, non pas dans la partie “Super Mastermind” car il nous est autorisé de proposer des solutions erronées mais plutôt dans la partie “pose d’ouvrier” où les choix ne nous sont pas infinis et il ne faudra pas se tromper. Alchimistes propose un système de vente de potions original où les joueurs pourront à la fois vendre plus ou moins au prix fort les solutions obtenues aux aventuriers et choisir la garantie du résultat à venir en fonction des éléments utilisés pour la préparation. Cette case d’action aura aussi la double fonction de permettre aux utilisateurs d’expérimenter des mélanges et ainsi obtenir des informations supplémentaires concernant les compositions des éléments. C’est ici que les joueurs prendront ou non des risques quitte à perdre des points de victoire pour trouver des combinaisons.

Petit détour au sujet de la qualité du matériel qui est très ergonomique vu la quantité d’informations qu’il va falloir stocker. Le paravent est plutôt bien pensé et il est stable (bon évidemment, en mettant un grand coup d’avant-bras dedans on le fait tomber sans problème). La feuille de résultat s’y associe très bien et on ne peut pas vraiment se tromper; Seul la partie tableau croisé des éléments m’a posé un problème de lecture ce qui ne sera pas forcément le cas pour tout le monde.

Pour finir, Alchimistes est un beau mélange de divers mécanismes déjà connus, ajoute quelques petites innovations agréables et laisse à penser que sa durée de vie est interminable. Si les joueurs ne souffrent pas trop d’analysis paralysis, la durée de partie peut être tout à fait correcte pour ce type de jeu. Pour un genre eurogame, le thème est très présent et grâce au système de l’application, je dirais immersif : on a vraiment l’impression de faire nos mélanges et, avec le système de vente, de prendre des risques (“j’ai omis les oeufs de caille !”). Alchimistes sort donc du lot mais sera à confirmer pour moi afin de me faire une réelle idée tant ce dernier est riche. Encore un bel exemple de difficulté à évaluer un jeu avec une seule partie dans les pattes…

Un petit hommage à Terry Pratchett ?

Un petit hommage à Terry Pratchett ?